La constellation de la Grande Ourse. Photo: Roberto Mura, Wikimedia

Mots-clés : Elephant Thoughts, science, autochtones, enseignement

Étendus à l’intérieur du planétarium gonflable installé pour eux dans le gymnase de l’école secondaire Wiinibekuu, de Waskaganish, une demi-douzaine de jeunes autochtones ont des étoiles plein les yeux. Ils reconnaissent sans peine les constellations décrites par l’animatrice : la Grande Ourse, la Petite Ourse, Cassiopée, Orion… Grâce au projecteur qui affiche les principaux astres, ces jeunes en découvriront plusieurs autres tout en survolant les mythes grecs à l’origine de leurs appellations.

« La présentation est assez brève pour permettre au plus grand nombre d’enfants de vivre l’expérience du planétarium, mais nous faisons des activités plus élaborées dans les écoles de la région », explique, à la sortie de cet étonnant théâtre, Anouk Masters Leniveau, l’une des trois employés d’Elephant Thoughts. Aussitôt que le dernier jeune a quitté l’enceinte, un autre groupe entre en trombe, suivi de cette diplômée en biologie et enseignement des sciences de l’Université Trent. Elle reprendra sa présentation une dizaine de fois dans la soirée tenue en marge de l’Expo-sciences autochtone 2009, qui se déroulait au printemps dernier sur les côtes de la baie James.

L’organisme, qui a transporté jusqu’ici cet équipement inhabituel ainsi que d’impressionnantes quantités de produits chimiques servant aux démonstrations devant le public scolaire, a été fondé en 2002 par un groupe d’enseignants, de directeurs d’écoles et de pédagogues ontariens. C’est le jeune Jeremy Rhodes, 33 ans, qui en a eu l’idée. « Disons que nous faisons de l’éducation populaire, résume ce missionnaire nouveau genre. Au départ, nous voulions nous consacrer exclusivement au tiers-monde, mais il nous est apparu assez rapidement qu’il y avait de grands besoins dans notre propre pays. Une subvention nous a permis de nous engager auprès des Cris. Depuis 2007, nous sommes ici en permanence. »

 

Le fondateur d’Elephant Thoughts, Jeremy Rhodes, entouré d'enfants participant à l’Expo-science autochtone 2009, à Waskaganish.
Photo: Mathieu-Robert Sauvé

Mot clé : plaisir

Officiellement, l’organisme au chiffre d’affaires de 1,2 million a pour mandat de « promouvoir de hauts standards d’éducation autour du monde malgré les barrières économiques ou géographiques en encourageant des initiatives ayant pour but d’étendre la connaissance auprès d’enfants. » Dans les faits, ses représentants se promènent d’école en école pour proposer aux jeunes une vision différente de l’apprentissage. Le mot clé : plaisir. « Nos programmes veulent amener le jeune à poursuivre son exploration du monde par la science, mais aussi par l’imagination, la créativité et le plaisir », poursuit Jeremy Rhodes qui est désormais « sans domicile fixe ». De New Delhi à Chisasibi, ses projets s’étendent maintenant au Népal et en Tanzanie. Rhodes est si peu sédentaire qu’il a vendu sa maison de Collingwood, en Ontario, l’an passé. Il n’y mettait jamais les pieds.

Quand on le voit présenter son spectacle devant les jeunes de l’école secondaire rassemblés dans le gymnase pour l’occasion, on comprend mieux le succès qu’il obtient. Charismatique et enthousiaste, il aborde les concepts chimiques et physiques de façon spectaculaire. Dans une profusion de vapeur de glace sèche mélangée à l’eau, il fait exploser des bulles de savon, et prépare des fusées avec les plus intrépides. « La science est sexy, explique-t-il. Les garçons sont particulièrement allumés par les expériences. On a de la matière pour intéresser les jeunes de la maternelle à la cinquième année du secondaire », dit-il.

En plus du planétarium gonflable, Elephant Thoughts transporte dans ses immenses coffres des télescopes, des microscopes et une grande quantité d’outils permettant d’interroger le monde. « Nous ne remplaçons pas les professeurs de sciences, précise Anouk, qui a, elle aussi, renoncé à une résidence permanente. Mais nous venons les appuyer. Pour l’expo-sciences, par exemple, nous avons aidé plusieurs jeunes à réaliser leur projet. »

Au Nord-du Québec, où les taux de décrochage sont parmi les plus élevés de la province (8,6 % de diplomation au secondaire en 2008 dans la Commission scolaire crie), on pourrait penser que la science est la dernière chose dont les jeunes ont besoin. Pour Michael Paulin, un autochtone qui a joint les rangs d’Elephant Thoughts il y a quelques années, la science porte en elle, au contraire, tout ce qu’il faut pour aider les jeunes à raccrocher. « À condition qu’elle soit bien enseignée, nuance-t-il. On doit montrer aux jeunes que la science peut être amusante. » Militaire à la retraite, Paulin n’exclut pas les vertus de la discipline pour accéder aux plaisirs de la connaissance.

 

Les jeunes bénévoles d'Elephant Thoughts participent aux animations, à la grande joie des écoliers. Photo: Mathieu-Robert Sauvé

Une année en cinq semaines

L’an dernier, Jeremy Rhodes a eu une fois de plus la preuve que les jeunes Cris peuvent être aussi performants que n’importe quel élève placé dans un contexte de stimulation. À cinq semaines de la date prévue de l’examen final du Ministère, le professeur de quatrième secondaire d’une école de Chisasibi disparait sans laisser d’adresse. Plus personne pour enseigner les sciences.

Paniqué, on propose à Rhodes de prendre le relai. Il a d’abord refusé, croyant qu’il était impossible de sauver les meubles. Puis, il a plongé, en lançant le défi aux élèves de rattraper toute une année scolaire en cinq semaines. Heures supplémentaires, documentation en bibliothèque et sur Internet, travaux d’équipe, les jeunes se sont lancés corps et âme afin d’atteindre cet objectif. Sur les neuf élèves, sept ont réussi l’examen.

Ce succès, qu’il qualifie d’anecdotique, ne saurait faire oublier que la véritable mission d’Elephant Thoughts est d’aider le plus grand nombre d’enfants de milieux défavorisés à se prendre au jeu de la science et à persévérer à l’école. Sur place, ses collaborateurs et bénévoles ont pris l’habitude d’identifier quelques jeunes particulièrement éveillés. On leur donne une formation, puis ils revêtent le sarrau à l’effigie de l’organisme. Rapidement, ils deviennent les points de mire des autres écoliers… On forme des modèles avant de former des chercheurs!

Mathieu-Robert Sauvé, collaboration spéciale

 

Numéro 38 | Automne 2009

Sommaire

Expo-sciences autochtone 2009 : Bienvenue chez les Cris

La géométrie des tipis

Les sans-abris du savoir

Deuxième partie

Promenades suggérées

Expo-sciences autochtone Québec

Reportage vidéo au sujet de l’Expo-sciences autochtone 2009 (en anglais)

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