Première partie | 8 septembre 2009

Direction : la Baie-James. L’une de nos plumes s’est envolée vers le Grand Nord et en est revenue avec une étonnante série sur la science et les Autochtones, réalisée avec la complicité de l’Association québécoise autochtone en science et en ingénierie. À lire tout de suite et à suivre dans les prochaines semaines.

Expo-sciences autochtone 2009 : Bienvenue chez les Cris

La géométrie des tipis

Les sans-abris du savoir

Deuxième partie

Embarquement pour Waskaganish à Chibougamau. Photos : Mathieu-Robert Sauvé

Mots-clés : Expo-sciences, autochtones, sciences, Cris

Le petit avion à hélices se pose en douceur sur une piste découpée dans l’univers de neige où la rivière Rupert rencontre la baie James : Waskaganish. Dans ce village cri de 2000 habitants, les représentants de quinze Premières Nations du Québec se sont donné rendez-vous pour trois jours, du 23 au 26 mars, pour la finale provinciale de l’Expo-sciences autochtone 2009. En tout, 70 jeunes de 9 à 18 ans dont les projets ont été retenus à la suite des concours régionaux ont voyagé jusqu’ici pour participer à l’événement. Les plus chanceux sont venus, comme moi, par la voie des airs; les autres ont rallié la distance par route; les Micmacs de Gesgapegiag ont roulé pendant plus de 27 heures pour atteindre leur destination : 1500 km de nids de poules. « C’est un record de participation, tant en termes de nations représentées qu’en termes de participants », lance Marc Lalande, président de l’Association québécoise autochtone en science et en ingénierie, instigateur de ces rencontres annuelles qui ont lieu depuis 2000.

Carnet de voyage

Mes premières balades dans Waskaganish (petite maison, en cri) me permettent de mesurer l’étendue de mon ignorance en matière de réserves autochtones. D’abord, ici, on ne voit pas d’habitation en peaux de phoques et encore moins de traîneaux à chiens. Le Cri moyen habite l’unifamiliale et se déplace en motoneige, en 4X4 ou en camionnette. Les chiens errent dans les rues comme les enfants qui vont au lit bien après que j’aie fermé mes livres, c’est à dire très tard.

En m’accompagnant chez elle, Brenda Weistche me montre avec fierté les nouveaux développements domiciliaires qu’elle met en place avec le Conseil de bande. Sa maison est semblable à celle qu’on trouve à Brossard ou à Laval : plancher de bois, comptoir de mélamine, murs de placoplâtre. La télévision est munie d’une soucoupe Express Vu et le dispositif de jeu vidéo Play Station est branché en permanence pour son fils Kevin, neuf ans, qui a aussi son iPod et son jeu Gameboy. Brenda m’explique qu’elle a vécu trois ans à Montréal pour étudier les techniques d’ingénierie. Elle est un modèle de réussite dans la communauté, c’est pourquoi on l’a choisie comme présidente honoraire de l’expo-sciences.

Tout n’est pourtant pas rose dans le village. Plus de 700 enfants sont en âge d’aller à l’école, mais très peu tiennent le coup. Le taux de diplomation est de 8,6 %, selon une étude publiée l’an dernier par la Commission scolaire crie, qui compte neuf écoles. Selon ce rapport, les décrocheurs « ne prennent pas plus de temps pour terminer leur secondaire. Ils décrochent tout simplement. » Les élèves cris accusent un retard de 30 points sur le taux de réussite le plus bas de la province (1) .

Science au Nord

Parti faire mon jogging sur une route sans fin de ce plat pays où les épinettes ne sont pas plus hautes que moi, je me demande : « Comment enseigne-t-on la science ici? » D’abord, quelle idée saugrenue! Qu’est-ce que les théories de Mendel, Planck ou Einstein peuvent apporter à un peuple qui est passé du 17e au 20e siècle en 50 ans? « Les parents de nos élèves sont nés dans des tipis, me confie Nathalie Krumhorn, directrice de l’école secondaire Wiinibekuu, où on accueille les délégués. Des enfants de quatrième année ont leur cellulaire dans leurs poches. Et durant les vacances scolaires, ils ne veulent pas aller dans le bois avec leurs parents; ils veulent voir Disneyworld. »

Tout le village semble pourtant célébrer la tenue de l’expo-sciences. Quand s’ouvrent les portes, le 24 mars après-midi, un air de fête souffle au Gathering place, le lieu de rencontre de la communauté. Après les discours de circonstance, les jeunes ont pris place devant leur montage et attendent avec fébrilité l’arrivée des juges. Le grand public est également admis, au grand bonheur de tous. Des parents, oncles, tantes et grands-parents viennent jeter un coup d’œil sur le stand du petit et en profitent pour faire le tour de l’exposition. Parmi les stands les plus spectaculaires, l’aéroglisseur des élèves de Waswanipi fait un tabac. Un homme corpulent assis sur un siège rudimentaire glisse sur un coussin d’air grâce à un simple séchoir. Tout l’auditoire s’esclaffe.

 

Paméla Duciaume et Dale Bégin-Verreault, les exposants de Mashteuiatsh, remporteront le premier prix avec leur projet sur le diabète autochtone.

Comme dans toutes expo-sciences, il y a les incontournables : réchauffement global, volcans, pluie acide, biodiesel, etc. Mais quelque chose d’original ressort ici : la vie en forêt. Plusieurs montages portent sur des éléments qui les entourent. Shahone Shecapio présente les plantes médicinales d’Ouje-Bougoumou. Deux Atikamekws ont allumé un feu en se servant d’un glaçon comme loupe. Plus loin, les écoliers cris Karl Bélanger et Kayla Moore, de Waswanipi, ont voulu montrer pourquoi la graisse sous la peau des animaux leur permet de rester au chaud durant l’hiver. Ils invitent les spectateurs à plonger la main recouverte d’un double sac de plastique dans un bac d’eau glacée. Ils répètent l’expérience, la main protégée, cette fois, par une mince couche de beurre, entre les deux sacs. Ils comprennent que le gras est un isolant drôlement efficace.

À voir les mines réjouies des gagnants, qui repartent avec d’immenses trophées, et de tous ces jeunes venus représenter leur école, Marc Lalande sait que son pari est gagné. « On leur a donné le gout de croire en eux », me lance-t-il en souriant.

Mathieu-Robert Sauvé, collaboration spéciale

(1) À part la commission scolaire Kativik.

 

 

Numéro 38 | Automne 2009

Sommaire

Expo-sciences autochtone 2009 : Bienvenue chez les Cris

La géométrie des tipis

Les sans-abris du savoir

Deuxième partie

Promenades suggérées

Expo-sciences autochtone Québec

Reportage vidéo au sujet de l’Expo-sciences autochtone 2009 (en anglais)

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